carnet résidence*1

Ici se tient le journal de bord de la résidence*1 : première campagne de recherches artistiques de JOURNAL d’un SEUL JOUR. Débuté le 18 novembre 2013, ce carnet de résidence s’achèvera après la restitution publique expérimentale qui aura lieu, le 13 janvier 2014, dans l’espace urbain du 8e arrondissement de Lyon.

Notes des artistes, paroles des complices de la Communauté poétique, témoignages, photos, repères, traces… ce carnet partagé avec tous, s’écrit en parallèle du « journal du JOURNAL d’un SEUL JOUR » tenu quotidiennement par Annick Charlot et à ce jour non publié. Il en offre quelques extraits, quelques passages condensés. Offert aux rencontres, aux échanges et aux débats, il invite chacun, lecteur ou acteur, à commenter, abonder, interagir…

LUNDI 13 JANVIER 2014 \ Sortie de résidence*1 \ Partage public

Sortie de résidence*1 fut la première étape de création de JOURNAL d’un SEUL JOUR, qui verra le jour en 2015 dans sa version finale de drame chorégraphique dans la ville, en 24 heures. Nous avons partagé avec le public, ce soir du 13 janvier 2014, un fragment du puzzle, le processus en cours d’une aventure au long cour.

13 Janvier 2014  RENDEZ VOUS à 17h40 Gare de la Part Dieu LYON  : Pour vous inscrire à l’événement

JOURNAL d’un SEUL JOUR est un spectacle-feuilleton, le carnet de rendez-vous de trois personnages avec la ville, en temps réel et grandeur nature dans la géographie urbaine. Un homme, deux femmes, trois « je », naufragés dans le « nous » de la cité, ne se connaissent pas, vont se rencontrer. Leurs trajectoires parcourent la ville et nous convoquent ici, là et là-bas : une gare, une rue, un foyer d’hébergement d’urgence, un lieu de la nuit…Qui sont–ils ?  Heure après heure, JOURNAL d’un SEUL JOUR cartographie trois destins singuliers dans le grand mouvement de la cité, une journée dans leur vie, une vraie journée de la ville, une chorégraphie réalité à épisodes qui s’écrit par la danse, le texte, la musique, les réseaux numériques.

UNE FICTION ARRIMÉE DANS LE RÉEL, Le spectateurs immergé : Notre quête artistique est alors triple. D’une part infiltrer une fiction dans le réel sans que celle–ci ne soit décelable de manière certaine, d’autre part tenter le défi de la narration sans rien céder du langage artistique et enfin, inviter le spectateur à flirter lui -même entre réalité et imaginaire. 

Une rumeur numérique dans la ville : JOURNAL d’un SEUL JOUR  déploie dans son processus de création autant que dans sa dimension finale spectaculaire une interface numérique : protocole d’embarquement du spectateur, augmentation du récit dramaturgique, activation d’une « Communauté poétique » constituée d’habitants et complice des processus.

Les spectateurs sont convoqués à la Gare de la Part Dieu de Lyon, en 3 groupes et 3 points de rendez-vous différents . Chacun a, au cours de  la journée, reçu un SMS lui précisant l’exact lieu de rendez-vous. Il y est accueilli par un « guide ». Des complices sont mêlés au groupe. « Rendez-vous au pied de l’escalier C, elle arrive par le train de 17h56, quoi qu’il arrive suivez là, suivez les. Vous seuls savez que vous êtes spectateurs, mêlez-vous aux usagers de la gare. Restez attentifs, vous ne savez pas de qui vous êtes le repère…. »

Elle arrive par le train de 17h56, en provenance de Paris….Elle se souvient… ce jour-là, un jour, il y a longtemps, tout s’est joué là, 24 heures, dans cette ville ; une histoire de l’amour, esthétique et tragique, poétique et politique.

Alors pour revivre, inventer, ré-inventer, pour que le souvenir se matérialise, elle choisit ces deux-là ; elle, lui. Deux êtres dans la ville, vont vivre, à la dérive d’elle à la fois récepteurs et émetteurs de son récit intérieur, dérobés à leur quotidien. Il était un jour, un seul jour, heure par heure. Fragments de mémoire, de désir, de bonheur, de tragédie…elle nous emporte.

NdA – Je voudrais inventer une fable urbaine dans laquelle tout ou presque est réel. Des personnages s’immiscent en un lieu. Tout y est véritable : l’espace, le décor, l’heure, les mouvements, les aléas et les coïncidences. Corps-sentinelles à la fois visibles et voyants, s’élevant ici à la lisière du réel et de la fiction, ils livrent leur récit intime et font entendre le monde. Je cherche à rendre visible l’ordinaire invisible, une manière de mettre en récit l’espace public, de donner la parole au monde.

Elle nous emporte… de la gare vers la station de tram la plus proche vers laquelle s’échappent les personnages. Les spectateurs courent, s’engouffrent dans la rame. Les téléphones vibrent : « Reste allumé, tu ne sais pas pour qui tu seras une lumière. N’oublie pas ce que tu te dois, c’est peut-être un trésor (Perrine Griselin)

Puis une rue désert, nuit, pluie. Un mur d’usine sous un réverbère.

Ces deux là se sont rencontrés, à la gare se sont rencontrés, et continuent à se chercher même s’ils pensent s’être trouvés, Se rejettent et s’attirent dans un double mouvement. Un je/nous désaccordés…. (Perrine Griselin) Une musique éclate dans l’espace de la rue.

Loin dans la perspective de la rue, elle a disparu, ils s’éloignent eux aussi, tournent à l’angle. La rue est à nouveau silencieuse, nous emmène ailleurs…

les téléphones vibrent : « Tu devrais m’écouter«  et chacun peut alors écouter sa voix sur le chemin de leur prochaine escale . Elle parle. Ils sont arrivés…lieu étrange. Où sommes nous ?  demande quelqu’un. Un foyer d’accueil d’urgence.

Elle de la rue derrière la grille, lui du haut du toi de la maison, dansent, se répondent.

Directrice artistique, chorégraphe & interprète : Annick CHARLOT Auteure et dramaturge : Perrine GRISELIN Scénographe : NEMO Danseurs : Emilie HARACHE, David BERNARDO Directeur technique : Fréderic DUGIED Administration, production et communication : Floriane RIGAUD, Anaïs MEYER & Laure PELAT, AKOMPANI (Bureau d’accompagnement) En lien avec la Maison de la Danse : Direction artistiqueDominique HERVIEU Agent de médiation / Service des publics – Léa MAESTRO Lycée Lumière : Professeur référent – Claire FREYSSENET BOISSELIER Production : Compagnie ACTE / Annick CHARLOT Co-production : Maison de la Danse de Lyon (avec le soutien de l’Acsé), Ville de Lyon, Région Rhône Alpes, Pôle des arts urbains de Tours, Partenariat : Mairie du 8ème arrondissement de Lyon, Foyer Notre-Dame des Sans Abri/Maison de Rodolphe (Lyon 8è)

NOTES SUR LE PROCESSUS DE CREATION :Cette première étape de recherches artistiques, réalisée sur 24 jours de répétition, a permis de définir les processus de création et d’écriture chorégraphiques et narratifs. Perrine Griselin, auteure dramaturge, les danseurs Emilie Harache, David Bernardo, le scénographe Némo, et moi-même avons créé à même la ville. Journal d’UN SEUL JOUR n’est pas seulement une recherche d’écriture, il est aussi l’envie de poser la question de l’expérience artistique au cœur du quotidien. La résidence*1 a mis en œuvre une communauté poétique, groupe de 60 citoyens, complices, témoins, expérimentateurs, qui ont accompagné notre travail, ont coopéré, se sont immergés au cœur des processus artistiques, chacun à sa mesure au fil des 15 rendez-vous  qui ont jalonné nos recherches. Nous avons pu, grâce à leur présence explorer des processus d’immersion du spectateur, partager. Un blog « carnet de résidence »  a été tenu. Il contient le journal en images des temps forts de création, des témoignages, des dons poétiques…

47 lycéens ont également travaillé à la frange de JOURNAL d’un SEUL JOUR, explorant avec Perrine Griselin et Némo une mise en œuvre plastique d’un scénario. Accompagnés par leur professeure Claire  Freyssenet, ils ont, à partir d’un travail photographique et d’écriture, crée 20 micro-récits du corps dans la ville.

Aujourd’hui, JOURNAL d’un SEUL JOUR est à l’aube de son parcours d’invention. Une deuxième résidence ouvrira nos recherches au champ numérique, intimement lié à la dramaturgie du récit et à la propagation de sa rumeur dans la ville.

La création musicale, les créations scénographiques, graphiques, ainsi que l’aventure sur 24 heures de JOURNAL d’un SEUL JOUR seront l’objet  des résidences *2, *3, *4….que nous espérons mener très prochainement grâce au soutien de nos partenaires culturels et institutionnels. Nous partageons ici, ce 13 janvier une première étape de recherche d’une aventure au long cours. Annick Charlot

Elle arrive par le train de 17h56, en provenance de Paris….Dans les villes qu’elle traverse le souvenir se matérialise, se réinvente, se reconstitue, en fragment, de désir, de bonheur, de tragédie…Restez attentifs, vous ne savez pas de qui vous êtes le repère….

NOTESQue MARDI 10, MERCREDI 11 DECEMBRE \ création de JOURNAL d’un SEUL JOUR \ 12è et 13è jours de répétition \

Les danseurs et moi, poursuivons l’écriture du duo « Mur » dans la rue des Hérideaux.

Perrine, nous envoie des textes ecrits lors de ses moments de répétition avec nous. Ils nourrissent notre travail et commencent à l’émailler de mots. En voici quelques fragments.

David Bernardo et Emilie Harache \ infiltration dansée dans une gare Eux se sont rencontrés, A la gare se sont rencontrés, Et continuent à se chercher même s’ils pensent s’être trouvés, Se rejettent et s’attirent dans un double mouvement, Un je/nous désaccordés…. (Perrine Griselin le 8 dec.) Contre le mur, Dos au mur, Face au mur Prises sur la réalité Faire du mur un chemin au lieu d’une impasse Faire du mur une solution…(Perrine Griselin le 20 nov.)

Elle : _ N’oublie pas ce que tu te dois…C’est peut-être un trésor Lui : _ Du pur instant perdu, en état de pure perte… Elle : _J’aurai beau te chercher, tu ne me trouveras pas… Lui : _ Reste, Ce dont je dois manquer (Perrine Griselin le 8 dec) JOUR 12 \ SAMEDI 7 DECEMBRE \ 11è jour de répétition \ rencontre n°7 de la Communauté poétique*1 Les danseurs, Perrine et moi commençons notre journée à 10h ce matin. Nous travaillons à la scène du « DUO-Mur ».  15h15 : les complices de la Communauté poétique nous rejoignent. Ils sont 9. Presque une petite compagnie. Une petite équipée, préparée au chaud dans le studio. Échauffement des  capteurs intérieurs surtout.

On y Va ! Station de TRAM Villon, 16h30. encore un peu de soleil. Parmi les usagers…(nombreux en ce 8 dec) ; douze usagers, comme les autres. Comme les autres ? oui ; mêmes gestes, mêmes postures, mêmes tempo… sauf que… ces douze là, regardent, observent, sans en avoir l’air voient tout, n’en perdent pas une miette, ces douze là, sont là et nulle part ailleurs, ces douze là, le présent leur rentre dedans jusqu’à l’os, ces douze là, l’espace les contient totalement, ces douze là, leurs yeux brillent. Et ils comprennent vite une chose, ces douze là, guidés sans mot par Emilie, David et Annick en jeu (mais invisibles bien sur) : ils comprennent qu’au delà d’une nomenclature minutieuse des gestes en station de tram, un manuel rigoureux des regards et mouvements quotidiens, un répertoire précis des  usages corporels, codes et formats, une chose les réunit : ils se savent ensemble, force complice, que rien ne laisse suspecter.

Alors quelque chose se passe, insidieusement, improvisation nonchalante au rythme parfait de l’attente d’un Tram dans le froid glacial d’un 8 décembre : les corps commencent à s’accorder, « fleurtent » avec un « faux-reel ». Un corps tranquillement s’avance, descend sur les rails, se pose, debout, attend. Un autre un peu plus loin fait de même. Jusque là, cela semble pure coïncidence. D’ailleurs personne ne le remarque. Puis un autre encore et bientôt, ils sont six, posés tranquilles en zone illicite, au nez et à la barbe de ce théâtre double face. Image étrange…mais personne ne pourrait jurer que c’est fabriqué…suspecter peut-être, oui, mais on a beau observer, chercher l’indice, la pièce à conviction, rien. Pourtant c’est étrange. Un vélo passe à toute allure au milieu d’eux…Tient, il est parfait dans la scène. Comme prévu par l’instant présent. trop fort ! le tableau se défait, l’air de rien. la station reprend son insignifiance.

Quatre personnages sont déjà dans la même action, s’agglutinant avec les cind ou six usagers, devant la machine « vendeuse » de tickets. La file d’attente, de normale, devient tout à fait hors proportions, décalée. Puis quelques uns s’assoient progressivement sur le trottoir, pieds sur les rails, comme dans une rivière, et d’autres après eux. Bon sang ça se propage; quelque de contagieux. Mais que se permettent-ils ce soir ?! voilà qu’ils étendent leurs jambes comme s’ils étaient à la plage. Et pourtant, ne se regardent pas, se paraissent pas se voir, n’ont même pas l’air d’y penser.  » Ils font quoi ? » demande un petit garçon à son père…. Lui, sévère : « Ils font…ils font…ils font, euh…ce qu’ils veulent. Toi tu restes là ». Un vent de douce folie semble traverser la station. une propagation assez joyeuse.

Chacun des « douze » se met à parler avec un usager, proche de lui. Brouhaha. Ou encore, ensemble, demandent du feu à son voisin, n’en trouvent pas, traversent, interpellent. Quelqu’un dit, « non mai vous savez, ce n’est pas la peine d’attendre en face…le tram, il ne passe que d’un coté ». _Ah bon vous croyez ! _ben je sais pas mais cela fait un moment que j’attends et ils ne passent qu’en face ». Un TRAM s’arrête, par les fenêtres bondées, les passagers sont saisis par l’étrange image de 4 ou 5 couples enlacés sur le quai d’en face. Impossible de jurer que c’est du faux. Les usagers, ne restent pas, ne sont là que quelques minutes…et le tram les emporte. Ainsi, ils n’ont pas le temps de se poser la question, d’aligner les pièces à convictions. Peut-être sont-ils encore en train de se demander quelle était cette étrange station, ce soir du 8 décembre…. Le réel apparait soudain, surgit à travers nos infiltrations. Trois joggers en route pour le triathlon de St Etienne arborent fièrement leur tenues totalement « loufoques ». On ne les aurait, d’ordinaire, qu’à peine regardés, mais là, dans l’attention attisée par les étranges phénomènes que nous insérons, on ne voit soudain qu’eux. Et ils semblent soudain sortis tout droit d’une bande dessinée ou d’un tournage en cours.

Et puis il y a cette vieille femme, étrangement vêtue, une-très-pauvre-c’est-sur, cela se voit, qui commence à manger sa pomme et ses pistaches. Autour d’elle l’espace social se vide, tout s’éloigne, cela glisse, fuit….et elle reste seule dans ce morceau de station, tableau magnifique, cinglant de solitude et de rejet ordinaire. Finalement, nos interventions clandestines apparaissent bien banales en regard du réel lorsqu’il cesse d’être « invisible ».  Vous voyez bien que tout est normal, regardez….et la station continue de « dérailler ». Il se pourrait, si on pousse un peu plus loin l’orchestration, que les usagers commencent à devenir eux-mêmes acteurs de la propagation. Soit parce qu’ils vont intervenir, réagir dans le théâtre des us-et-coutumes subverties, soit parce qu’ils pourraient bien se prendre à s’en amuser.  J’imagine une station de TRAM qui, grâce à nos manipulations chorégraphiques, pourrait soudain « péter un câble ». On en rêve. C’est ce chemin là de construction et d’orchestration que nous tenterons d’emprunter. Nous retournons au studio pour un joyeux débriefing. Une douce euphorie poétique s’est emparé de chacun.

Une femme, en attendant pour acheter ses tickets, dit à sa voisine : « eh regarde la caméra ! souriez vous êtes filmés… » Les caméras de vidéos surveillance, pourraient-elles offrir la raison soudain de se mettre à danser ?  tiens.

JOUR 6 \ MERCREDI 27 NOVEMBRE 2013 \ 5è jour de répétition \ rencontre n° 4 avec la Communauté Poétique.

Merci à toutes celles et ceux qui ont rejoint, ce mercredi 27 novembre, le RENDEZ-VOUS de la COMMUNAUTE POETIQUE, qui s’est déroulé comme suit : de 17h15 à 19h : expérimentation collective à même la ville. de 19h à 20h30 : Regard 2 sur le carnet de résidence. Daniel, Christine, François, Emmanuelle, Laurent, Alice, lisa, Lauranne, Annie, Agathe, Floiane, Laure…., nous étions plus de 15 pour ce petit laboratoire chorégraphique « clandestin » et joueur, dans le corps de la ville. Où commence la danse ? Jeux de regards, présences travaillées, infra-chorégraphies, infiltrations dansées dans les flux et les fourmillements du quotidien urbain….

Notre petit voyage expérimental nous conduit par le TRAM T4, transformé pour l’occasion en terrain de jeu pour le regard, jusqu’à la Gare de la Part Dieu. Là, nous tentons des micros-récits chorégraphiques, incognito, au milieu de la foule : « Elle » arrive par le train de 18h03 en provenance de Lille-Europe…, »ils » se cherchent du regard dans la foule sous le panneau d’affichage…, « ils » s’élancent sur un quai désert, courent parmi les voyageurs, s’enlacent au milieu de la foule, se perdent l’un à l’autre dans un escalator, se fondent dans la salle d’attente….nous cherchons une écriture des corps à la limite du visible pour révéler l’invisible ordinaire. Leurs présences clandestines écrites à la limite du réel et de la fiction, pourront-elles surprendre notre regard, attiser notre qui-vive et l’amener à fleur de peau, faire résonner la membrane de notre tambour du monde ? Que se passera-t-il d’exta-ordinaire soudain qui ressemblerait pourtant à s’y méprendre à l’ordinaire des jours ?

La ville peut-elle devenir récit ? Pourrait-elle s’afficher comme une dramaturgie grandeur nature, se révéler apte à l’émotion, à réparer notre commun sensible, à rompre l’insignifiance ? Comment le dire dans un spectacle ?  Haut les cœurs, le froid de ces jours d’hivers ne nous fera pas renoncer à cette recherche artistique.

19h, Le froid de cette soirée glaciale de novembre ne parvient en effet pas à nous décontenancer.  De retour au Studio de la Compagnie, Emilie et David offrent encore leur belle énergie de danseurs en interprétant, le long d’un mur de la rue des Hérideaux, l’esquisse d’un duo à l’écriture duquel nous nous attelons ces jours-ci. 19h30 : la chaleur du foyer du studio nous réconforte enfin pour mettre des mots sur les impressions de l’expérience. Joli moment de mise en partage de notre processus de création !

JOUR 4, 5   \ LUNDI 25, MARDI 26 NOVEMBRE 2013 \ 

J’ai commencé, ce lundi matin, par longuement lire aux danseurs, des extraits l’Origine de la danse de Pascal Quignard. Une heure environ pour dire ces choses qui me hantent et font tant écho à JOURNAL d’un SEUL JOUR

Puis il fallait commencer  écrire la danse du « mur », je le savais, je le sentais. La justesse d’une matière vient à un moment de la forme qu’on lui donne ;  une résolution. Et plus la résolution est haute, plus la matière prend sens, prend vie, pénètre le fond de ses mystérieuses entrailles, révêle sa vérité. Commence alors le minutieux et lent cheminement vers l’écriture, pas à pas, geste à geste de cette scène du « mur » qu’il faudrait mieux nommer « Exil en toi ». Nous alternons les moments dans le studio, au chaud et les temps dehors dans la vraie vie de JOURNAL d’un SEUL JOUR.

Nos expérimentations à la gare se prolongent.

Puis nous passons de longs moments à la Maison de Rodolphe. Nous avons ce lundi dansé pour les « passagers ». Martial, Benoît, Romuald, Frank….des liens forts commencent à se nouer.

JOUR 3 \ JEUDI 21 NOVEMBRE 2013 \ studio des Hérideaux, Gare, Tramway, Métro

Perrine est repartie. Et nous envoie ses notes, fruit de nos deux premiers jours de résidence. Notes du train le 20 novembre 2013. Nous avons pris la mer ! L’homme à la trottinette passe… A son arrivée dans une ville, « elle » fait son « casting », choisi, et trouve ces deux là, pour cette fois, pour en faire quelque chose, de sa vie, pour la reconstitution, la retrouvaille avec son temps, la souvenance…On ne sait pas ce qu’elle cherche ! Pas encore. On trouvera, il faudra trouver je crois… Ce dialogue avec la mort…la fin ! Lui vient d’ailleurs il est en errance il fait sa route… hors du temps. Ce n’est sans doute pas intéressant de savoir pourquoi, puisque c’est comme ça ! Il doit porter cet état là, voilà tout ! Il est l’homme au poncho, quel que soit le poncho ! Elle fait sa projection sur la jeune femme mais la jeune femme est libre…son temps est à elle ! Elle le sait ! Elle la choisie elle, pour raconter la sienne… et lui aussi ! De la construction reconstruction permanente…au travers de leurs actes. Échangisme des situations, effeuillage des personnages pour en arriver à l’être qui se construit et se déconstruit.

Pourquoi dansent-ils ? Quand est ce que ça commence la danse ? Dansent-t-ils dans sa tête à elle, ou réellement ? N’y a t il qu’elle qui voit qu’ils dansent ? Transforme t elle les réalités ? Façonnent elle le décor ? Comme un décor de tournage ? Je ne sais pas ! Existe t il une image obsédante qui lorsqu’elle se présenterait stopperait tout, chaque fois ? Peut-être ! Et puis en découdre avec le temps. Le temps consacré au vide, le temps consacré à la nuit entre deux soleils (Pascal Quignard). Qui ne peut être midi. Le moment le plus visible du temps Contre le mur, dos au mur, face au mur Prises sur la réalité Faire du mur un chemin au lieu d’une impasse. Faire du mur une solution Un matelas contre le mur et ce serait un enfermement ! Perrine Griselin Les danseurs et moi, poursuivons nos recherches. La rue des Hérideaux nous offre un magnifique mur d’usine. C’est là que nous travaillons le duo du « mur ». Etats de corps, de danse, précision des intentions, émotion, e-motion, il s’agit, par le travail de l’improvisation de se rapprocher au plus près, de ce que je cherche, cerner, apprivoiser, reconnaitre, définir. Le froid et la neige nous obligent à nous replier au studio vers 14h.

copyright_Christian_Varlet_Emilie_et_David

copyright_Christian_Varlet_Emilie_et_David

Puis vient à nouveau notre temps d’expérimentation quotidienne dans l’espace du dehors, la ville. Je propose pour aujourd’hui l’exploration suivante : Sillonnant les lignes de transport en commun (tramway, métro, bus) nous allons éprouver le regard et la présence de soi à l’espace très proche. Etre là vraiment, dans son corps, son regard. Nul part ailleurs que dans cet espace-temps là. Là vraiment avec les gens, les regarder, quelque soit la proximité. Dans l’espace public des transports en commun lieu qui est tout sauf l’autorisation de cela, les regarder, bienveillance, résonance. Sans jamais être démasqués, sans devenir, intrus. S’infiltrer.  Faire exister le plus grand que soi, comme un espace nous contenant. Trouver notre « contentement » à être là, la « contenance » parfaite. Regarder pour ressentir ? deviner ? percevoir, sans juger, sans savoir, mais savoir.

Sans mouvement aucun, puissante expérience de l’instant présent, la danse à l’état pur; le fond de la danse.

Dans ce laboratoire du temps présent, sans un mot nous vivons de longues distances. Nous étendons ce travail aux quais, et le multiplions à toute situation de densité humaine, vivant les remplissages et des-emplissages de rames comme des sensations pour elles mêmes. De temps à autres, au sortir d’une rame ou d’un changement de lignes, nous partageons nos impressions, je guide l’expérience, dirige l’exigence ou nuance des paramètres de l’expérience. j’observe. Rentrer ainsi à trois dans une rame modifie-t-il ce lieu public ? que cela change-t-il en un lieu où ne se pratique jamais cela ? Que s’opère-t-il en nous ?

Ce travail de la présence, ouvre, nous augmente. Dans l’estomac quelque chose lâche, nourriture intérieure. La danse n’est pas loin. Cela change totalement notre visage. David découvre le visage de sa présence, porosité du dedans vers le dehors, dilution de soi vers l’extérieur, danser dans le réel devient possible puisque nous-mêmes devenons réels. JOURNAL d’un SEUL JOUR doit commencer par cela. Nous en sommes certains. Il me vient l’idée d’imaginer cela comme un exercice, une expérience avec la communauté poétique lors de notre prochain rendez vous.

Après quoi nous regagnons la gare de la Part Dieu et prolongeons sans transition, ni rupture notre travail engagé, là il y a deux jours.

Quelques jours plus tard, plongée dans L’Origine de la danse, de Pascal Quignard, je tombe sur un extrait qui me saisit : (p102) Le regard porte toujours le désir au-delà du volume du corps. Au delà des pas que le corps fait dans l’espace, un autre corps est cherché. Pourquoi les hommes ne s’avancent t-ils pas plus avant dans l’Ouvert comme leur désir le fait ? Pourquoi se replie t-on presque immédiatement dès que l’on tombe sous le regard de l’autre ? Pourquoi s’incurve-t-on si souvent ? (…) Pourquoi ne tendons nous pas les mains orantes ? Pourquoi ne s’agenouille t-on pas devant le ciel ? Pourquoi ne lève-t-on pas le visage sans cesse ?

(p.58) Le danseur, le chamois, l’aigle, l’amoureux, le singe fil de feriste et cabriolant, l’abeille qui butine, vont de roche en roche, de branche en branche, d’état en état, d’étape en étape, de stase en stase, dans l’espace qui les contient (…). Le contenu qui est content, exulte, ek-sulte, ek-siste, sort. Hors de soi, il flotte dans le Dehors animal, aérien, solaire du second monde. Il offre une contenance merveilleuse comme les amants l’offrent au regard quand ils se regardent. L’extase consiste à faire d’un plus grand que soi, un contenant.  » (P Quignard).

JOUR 2 \ MARDI 19 NOVEMBRE 2013 \ premier jour de répétition \ studio, Gare, RV avec la Communauté Poétique.

C’est parti ! premier jour de répétition. Échauffement au studio des Hérideaux, puis nous nous lançons. J’ai en tête l’idée d’une matière chorégraphique, déjà effleurée lors de notre premier labo-audition (là, nous avons rencontré David Bernardo). Très vite, cela tombe sous le sens et l’émotion, oui cette matière chorégraphique est belle et forte :  Deux êtres, contre un mur, la rue. Ces deux là cherchent à se trouver \ il s’agit bien d’amour et de détresse mêlée. Ce n’est pas de la violence, non, juste le désir désespéré de trouver l’autre sans y parvenir, de se trouver soi. « L’exil c’est quand je te cherche et que tu ne me trouves pas » (Perrine Griselin)

C’est le mur de fond de notre studio qui m’offre cette vision et les premières heures de travail de ce duo. Demain, je chercherai un mur extérieur, la rue, un trottoir. Je vois la scène dans ma tête.

Puis nous sortons pour un temps d’expérimentation dans la ville. S’exposer, travailler dehors, s’immerger. Comme le froid est glacial et qu’il pleut, nous nous dirigeons vers un lieu public couvert, un peu d’abri, comme les abandonnés, les sans domiciles : la gare de la Part Dieu. Quelque soit le froid, il nous faudra nous plonger dans les entrailles du dehors, oser l’autre que soit, l’hors de soi, le plus grand que soi. Trouver la ville, qui pourra contenir notre danse, notre récit. Alors, se jeter, s’élancer. Suivre l’irrésistible poussée de l’aventure créatrice : l’excitation, mais aussi la peur. Car il s’agit de partir vraiment de rien, d’oublier ce que l’on sait déjà faire, ouvrir la fenêtre de notre studio confortable, se lancer dans le vide, laisser s’opérer une mue, celle qui nous laisse nus.

Là, infiltrés, totalement clandestins nous expérimentons, nous travaillons à même les battements de la gare jusqu’à ce que nos corps gelés réclament un peu de chaleur. Chercher où commence la danse ? A quel moment sommes nous danseurs sans pouvoir être décelés comme tels. Où nos corps racontent-ils l’origine de la danse, récit universel ? A quel endroit touchons nous une poésie, faisons nous advenir une autre réalité, une métamorphose, sans en être exclus ? Les yeux grands ouverts j’ai regardé cela. Sur le chemin du retour, je me dis qu’il faut explorer le TRAM. Quelle y serait l’origine de la danse ? Nous échangeons longuement.

Christian Varlet, complice de la communauté poétique, photographe nous accompagne dans nos périples aristiques, nous suit. Christine et Daniel sont également passés. Nos répétitions sont grandes ouvertes, offrant nos questionnements comme espace commun.

Puis nous retrouvons à 19h la communauté poétique. Le rendez vous de ce soir porte  « la question du scénario », Où en sommes-nous du scénario de JOURNAL d’un SEUL JOUR ?

JOUR 1 \ LUNDI 18 NOVEMBRE 2013 \

Mon souhait pour cette toute cette première journée de travail, était qu’elle mette en « bouillonnement » artistique tous les ingrédients de cette aventure de 24 jours à venir, les uns avec les autres, les uns pour les autres. L’effervescence de l’équipe de création bien entendu, et en regard, tous les personnages, acteurs, rêveurs ou témoins, ainsi que les dispositifs de recherches à ce jour identifiés ; des lieux, un terrain de jeu grandeur nature, une communauté poétique et un parcours de rencontres, un journal de création, le temps et un parcours dans la ville, des messages envoyés en temps réel, les enjeux d’une rumeur numérique….

11:00 \ Ce lundi matin nous réunit en éclaireurs, Perrine Griselin-auteure-dramaturge, Némo-scénographe et moi, pour de longs moments de « mijotage »autour de la table du petit foyer du Studio des Hérideaux.

15:00 \ Une visite au Lycée Louis Lumière entre-ouvre la rencontre avec les élèves de 1ièr et leur professeure d’art Plastique, Claire Freyssenet. Le projet proposé ? : créer un scénario type « storyboard », en photos et en écriture. A partir de ce qu’ils voient dans l’espace public, d’une photo ou une vision, ils mettront en images un cheminement artistique : un personnage, son corps et son mouvement dans la ville, sa place en un lieu, des lieux, un temps, un micro récit de 24 heures. Leurs yeux brillent….Ils seront accompagnés dans leur processus artistique par Némo à la réalisation plastique du story-board sur power-point, et Perrine en atelier d’écriture. Ils assisteront à quelques unes de nos répétitions, et qui sait s’ils ne seront pas un jour aussi, acteurs-complices de l’un de nos épisodes chorégraphiques.

16:00 \ Puis c’est la Maison de Rodolphe qui nous accueille.

Perrine Griselin et Némo. La Maison de Rodolphe est un centre d'hébergement d'urgence (lieu expérimental du Foyer notre Dame des sans abris). Dismas nous y accueille autour d'un thé.

Perrine Griselin et Némo. La Maison de Rodolphe est un centre d’hébergement d’urgence (lieu expérimental du Foyer notre Dame des sans abris). « Nous ne sommes pas là par hasard, a dit Hassan Oualid, responsable du lieu, lors de sa première rencontre avec Annick qui a déjà passé ici plusieurs journées d’immersion, à la rencontre des « passagers », de leur monde. Soyez les bienvenus ici, pour vos recherches artistiques, précisent Hassan. Parmi l’équipe encadrante, c’est Dismas, ce lundi, qui nous accueille autour d’un thé.

19:00 lundi 18 nov \ Enfin, les danseurs Emile Harache et David Bernardo inaugurent à leur tour cette journée d’ouverture en accueillant la Communauté Poétique pour sa première rencontre « Regard sur le carnet de résidence 1 ».

Les portables ont crépité depuis le matin : Message à la communauté poétique ! rendez vous ce soir, lundi 18 nov, 19h, à la Maison de la Danse de Lyon ». Ils étaient plus de 18, yeux brillants et grands ouverts sur cette expérience artistique à venir.

Deux témoignages de la communauté poétique.

Lundi 18 novembre, 18 personnes réunies pour un « Journal d’un jour ». Diversité des parcours : l’un vient de l’urbanisme, l’autre de la danse, du théâtre, des études, de l’art de la rue, de l’écriture, de la musique…..Avec toute cette richesse multiple naitra une nouvelle création unique, chacun est partant, dans le désir de faire et la confiance donnée à l’équipe qui sollicite, propose et dynamise. OK, on va voir, on va faire, on va donner, on va créer. A tout bientôt ! Marie-Jo Saury

Inspiration du moment :
Temps en suspension, curiosité, enthousiasme, excitation : le temps des désirs.
Temps en l’air, dans l’air du temps, hors du temps. Temps imaginaires où circulent les idées. Temps des impressions au rythme des sensibilités.
Voilà l’idée lancée. En l’air, elle est attrapée. Tous rassemblés, nous la saisissons. Qu’un mouvement l’anime, qu’un geste la capte, qu’un regard l’imprime.
 Puis c’est l’entreprise d’une recherche : des pas dans la ville aux lieux insolites, une déambulation singulière avide d’étonnements. Des arrêts sur image pour en modeler l’instant. Etre à l’affût de l’instant, être en éveil sur l’instant.
Surprendre les moments, celui qui interroge, celui qui balbutie, celui qui étonne jusqu’à celui qui vibre. Résonance d’émotions, réminiscence de sensations, une quête de perceptions. Un début d’aventure, le départ d’une histoire écrite pour le « Journal d’un seul Jour ». A très bientôt pour la suite.
Christine Rabourdin

 

6 réflexions sur “carnet résidence*1

  1. Emmanuelle dit :

    J’ai regardé et ces jours ci la ville de Lyon différemment :

    Plaisir de retourner spécialement voir un lieu que j’aime pour le prendre en photo,
    plaisir de chercher l’idée de la ville, l’idée du mouvement dans un musée
    plaisir de découvrir une belle peinture sur un mur, une carte postale colorée
    et me souvenir grâce à tout cela d’un livre, d’une chanson, d’un visage d’autrefois …

    Des envies naissent : retourner feuilleter des livres dans des bibliothèques , interroger des gens, seule ou avec d’autres complices, ressortir mes disques et écrire.

    Emmanuelle

  2. Christine RAB dit :

    Séquence 1 : « Un commencement » le 19/11/2013

    Un COUPLE évolue en studio à la recherche d’un regard, du regard de l’autre, dans l’espoir d’une rencontre. L’un et l’autre sont dans le flottement de l’attente où l’un est en demande et l’autre en suspend. Elle et lui poursuivent cette observation attentive. Et, parfois une coupure dans cette prise de contact, la relation s’interrompt. Puis, elle, proche, très proche, devient l’instigatrice d’un mouvement, d’un geste vers l’autre, d’une proposition. Et sous son impulsion, elle l’entraîne à une proximité et leur regard s’accroche, par instant, un instant … en suspension.
    Tous les deux se trouvent. Et leurs gestes brusques quelquefois, secs de temps à autre, montrent l’enchevêtrement de leurs sentiments. Le couple s’oppose puis se sépare. Lui s’écarte pour explorer son univers. A distance, il parcourt une reconnaissance de ses propres perceptions mais ces instants éloignés sont source de regret. Et, là, au loin, il l’incite à le suivre. Elle accède à sa demande. Ils cherchent ensemble une nouvelle approche. Dans la confusion de leurs émotions, ils testent un moyen de se rejoindre, de renouer le contact. Dans une mutuelle inspiration, chacun capte la sensation de l’autre et effectue une redécouverte conçue pour éviter d’être au pied du mur, contraints à la séparation.
    Mêlés, mélangés, ils s’imaginent une appartenance. Enlacés, entrelacés, ils s’inventent un engagement. Là, ils se heurtent à un obstacle, l’obstacle de la réalité. Tel un mur sur lequel ils prennent appui, contre lequel ils se haussent, ils s’adossent confrontés à la dimension de leur nature : le mur de leur réelle identité.

  3. Christine RAB dit :

    Séquence 2 : « Exploration en un lieu public » le 27/11/2013

    Avant cette exploration, en studio, nous marchons, nous nous croisons et, nous nous arrêtons pour regarder l’autre. Là, ces pupilles rencontrées au hasard démarrent un mouvement incessant de gauche à droite et de droite à gauche. Une esquive, une dérobade, c’est plutôt une découverte d’une entrée vers l’aventure.

    Puis, avec la même musique dans les oreilles, tout le groupe monte dans le tramway T4 et expérimente l’observation de l’autre, l’échange de regard, l’accorche d’un point de vue. Curieusement, le tram s’immobilise, une panne de transmission, nous voilà à l’arrêt. Nous rejoignons à pied la gare de la Part-Dieu où le groupe se disperse pour suivre « notre couple » vêtu de vestes rouges.

    LUI s’aventure dans une salle d’attente comble, ELLE le suit et s’assoit puis change de siège pour s’installer dans une posture décontractée auprès d’un jeune homme. Il sent son regard, il s’étonne, il est intrigué … il ne comprend pas cet échange. Il est dubitatif, il détourne la tête puis recherche cette accorche visuelle. Mais, ELLE se lève, part et court. Ils sont, ELLE et LUI enlacés, un instant a eu, ignorant les regards d’autrui. Tous les deux se réfugient dans une niche sous les escaliers. Ils s’échappent, je les perds de vue. Sous le grand panneau d’affichage des départs de train, je les retrouve côte à côté, immobiles face aux voyageurs. Ces usagers du train scrutent les horaires et les numéros de quai mais certains quittent du regard le panneau indicateur pour observer CE couple. Intrigués, queques personnes observent : il y a comme un instant en suspension. Ils sont bousculés dans leur cadre habituel, ils sont détournés de leur préoccupation du moment. Des paires d’yeux fixent ces deux personnes habillées de rouge et … n’en croient pas leurs yeux : il y a quelque chose d’étrange. Il y a de l’inattendu. Un je ne sais quoi d’insolite. Ils le savent mais ne savent pas ce qui se passe … ils ont des « que se passe-t-il ? » dans les yeux.

    Puis, ELLE brise la foule et s’éclipse. Je les retrouve tous les deux assis sur le rebord d’un muret et, quelques passants tournent la tête vers eux. Il y a du bizarre, quelque chose de déconcertant. Ces observateurs sont perplexes. Mais le couple s’est volatilisé, je ne les vois plus. Les voilà, tous les deux sur les marches de l’escalier central, ils s’observent à distance, se rapprochent. Puis ELLE court vers l’escalator et part sur le quai. Les voici, tous les deux, ils se sont rejoints dans le corridor d’évacuation du quai. Ils sont proches, se serrent l’un contre l’autre, un temps pour eux, un court instant, l’instant des retrouvailles. Ils sortent de ce couloir pour se fondre au milieu des badauds. Autour d’eux, promeneurs, touristes, vagabonds, tous sont de passage dans ce hall de gare. Et, le couple sort de ce lieu de départ vers un ailleurs ou d’arrivée à destination. Il a parcouru un itinéraire, il a souvent changé de direction, il a traversé une espace public en mouvement. Aux yeux de tous, au vue de tous, pour les regards attentifs.

  4. Christine RAB dit :

    Séquence 3 « Expérience des lieux publics » le 05/12/2013

    Dans le tramway bien rempli, l’expérimentation du regard des autres est plus aléatoire. Pour sensibiliser « l’autre » à un échange, le hasard sert de code d’accès. Grâce, au freinage rude du tram, elle bascule, elle m’agrippe. Dans son regard, un sourire. Le mouvement du tram et la poussée exercée ont permis cet instant de complicité et d’attention. Dans l’ensemble, les voyageurs s’observent peu. Dans ce cadre mis en commun, nous en limitons la vision. Chacun est dans son univers. Dans cet espace libre, celui d’à côté est hors de tout champ visuel. Son accès est préservé. C’est un passage réservé. Une zone d’approche aux portes sans ouverture automatique.

    Arrivée à la gare, les allées et venues sont insondables. Qui arrive ? Qui part ?
    Qui attend ? Nous suivons « notre couple ». A contre-courant, ELLE et LUI interrompent le flot descendant des arrivants. ELLE et LUI perturbent ce flux dans les escaliers et en arrêtent l’évolution. Cette immobilisation suscite un étonnement transitoire avec un agacement spontané. Ce « couple » gêne cette affluence.
    LUI s’échappe et court vers les escalators. IL grimpe, IL est aspiré par le mouvement. Et, là en bas, ELLE le regarde s’éloigner. Alors que les voyageurs se déploient, ELLE s’est figée. Le flot en est bloqué. ELLE est bousculée, malmenée, houspillée. Aspirée par cette déferlante, ELLE se retrouve sur le quai. Où est-IL ? ELLE le cherche et part en reconnaissance au milieu de cette assistance momentanée. Un train circule, il bouche la vue. Le train passe : IL est là sur le quai d’en face. ILS se cherchent du regard. Certaines personnes en transit s’étonnent, cet homme et cette femme intriguent. Il se passe quelque chose, certes. Mais quoi ?

    Les voilà réunis, sous le tableau d’affichage, enlacés. Ce « couple » désoriente les regards suspendus au panneau indicateur. Il attire l’attention et quelques yeux interrogatifs se dévoilent. Un témoignage de courte durée, une information éphémère. Leurs regards se sont déjà reportés sur les mouvements des trains. Aller, venir. Arriver, partir. Cette circulation chamboule et ballotte les-uns, les-autres. Sans cesse ce « couple » s’insère dans cette dynamique des imprévus pour créer des temps d’observation. Les événements temporaires changent ce lieu investi pour un moment d’expérimentation.

  5. Christine RAB dit :

    Séquence 4 « Sur les quais du tramway » le 07/12/2013

    Un temps de préparation en studio permet de ressentir le groupe. La perception d’une cohérence devient visible dans cette marche instinctivement stoppée par tous puis réenclenchée spontanément. Cette mise en mouvement développe une cohésion. Une liaison naturelle s’établit. Ce climat est palpable. Nous en éprouvons la consistance par des massages réciproques dans une ambiance mélodieuse. C’est le prélude à un cheminement vers la station de tramway.

    Tout au long du quai, le groupe s’éparpille et se mélange aux passants. Il observe chacun d’eux. Il étudie les comportements au fur et mesure des arrivées. Il s’insère, il s’insinue. Il dépend de la fréquence des rames. Cette cadence interfère pour créer une adhérence secrète en toute clandestinité. Implanter dans ce transitoire, nous sommes de passage aux yeux de ces regards fugitifs.

    Quelques complices du groupe entourent un trio espagnol vêtus de rouge et noir. Dans leur tenue de joggeurs super-équipés, ils semblent arrivés d’un autre univers. Notre mission de rencontres vire à l’assimilation. Qui surprend qui ? Tels ces passagers interrompus dans leur sortie par un des nôtres. Et ces autres complices postés sur les rails, tous dirigés dans la même direction. Ou bien, assis les mains au chaud, nous regardons les temps affichés. Et cette nécessité de tourner la tête pour voir arriver le tram. Cette succession de régularités répétitives fascine. Voyez le nombre de coups d’œil orientés dans cette direction. La durée est indiquée mais cette pulsion est irrépressible. Le groupe imite et se calque sur ces passagers d’un jour. Cette composition est inspirée par cette transcription figurative de leurs va-et-vient.

    La représentation se poursuit à la nuit tombée à la recherche de l’étonnement et au dépistage de l’étonnant. Plusieurs perchés sur un muret surprennent. D’autres posés sur le bord du quai les jambes étendues sur les rails déconcertent. Et notre « couple » enlacé, ELLE suspendue à son cou, déroute. En duo, adossés l’un à l’autre, l’instantané d’une pose révèle notre démonstration.

    Ce périple urbain approfondit notre connaissance de ce terrain d’interprétation. Le distributeur automatique de billets est propice à la mise en scène. Plusieurs du groupe interviennent et entourent des acheteurs. Cet agglutinement met la pression et par nos signes d’impatience nous semons le trouble. Maintenant, nous taquinons chaque circonstance, nous titillons chaque occasion. Et par espièglerie peut-être, par décontraction sûrement, nous laissons libre cours au divertissement. Le théâtre de notre jeu est parasité. Il est temps de stopper ce laisser-aller. Tout le groupe sort de scène en courant et se réunit au coin de la rue. Fin de cet intermède improvisé, c’est l’heure de relâche.

  6. Christine RAB dit :

    Séquence 5 « Dans une gare traversée par les courants d’air » le 11/12/2013

    Dans ce lieu de croisements, le vent s’infiltre et le froid fige les tentatives. L’atmosphère manque d’électricité pour établir des connexions suggestives. Il semble que le courant passe par intermittence. Le flux des voyageurs génère des déplacements discontinus où le « couple » s’épuise. L’énergie est insuffisante, il y a comme une pénurie. Une dynamique essoufflée est dans l’air en ce soir de grève.

    L’embarquement dans ce train de la création est poussif. Il manque d’allant, un besoin de connexion se fait sentir. LUI recherche le contact, il est interpellé par une passante puis interroge une dame assise dans la salle d’attente. Un désir d’être embarqué et d’être amené sur un autre trajet. ELLE s’insinue dans ce voyage vers l’inédit. ELLE est heurtée, percutée par un impétueux flot d’arrivants. C’est une liaison intempestive : un contact électrique. ELLE encaisse les décharges, et alors, ELLE bouscule. ELLE et LUI vivent la rudesse de ces passages de froids anonymes. Cet espace manque de fièvre. Il semble que l’air ne veuille pas se réchauffer. Les tentatives pour augmenter la température restent vaines. Les lignes à haute tension ne fournissent plus le voltage nécessaire. La jonction de nos deux pôles s’effectue par soubresaut. La jonction s’opère par à coup. L’interruption est momentanée. Veuillez nous excuser pour cette coupure impromptue. Et sans crier gare, cette improvisation s’arrête de manière inopinée.

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